C'est quoi le sharenting, et pourquoi certains parents postent autant leurs enfants en ligne
Des centaines de photos et vidéos d'un même enfant publiées en ligne avant même qu'il sache lire : ce phénomène a un nom, le sharenting. On t'explique ce que c'est, et pourquoi il pose de vraies questions pour l'enfant devenu grand.
🎨 illu Des centaines, parfois des milliers de photos et vidéos d’un même enfant publiées en ligne, souvent bien avant qu’il sache lire ou même parler. Cette habitude très répandue a un nom précis, le sharenting. Voici ce que c’est, et pourquoi elle pose de vraies questions pour l’enfant devenu grand.
Le sharenting, c’est quoi concrètement
Le sharenting désigne l’habitude de certains parents à publier très régulièrement des photos, vidéos ou anecdotes sur leurs enfants sur les réseaux sociaux. Concrètement, cela va du simple partage occasionnel avec la famille proche jusqu’à une documentation quasi quotidienne de la vie de l’enfant, parfois relayée à un très large public.
Cette pratique est devenue tellement répandue qu’elle a fini par recevoir son propre nom dédié, signe qu’elle constitue désormais un vrai phénomène de société à part entière, plutôt qu’une simple habitude marginale.
D’où vient ce terme
Le terme sharenting est une contraction des mots anglais « share » (partager) et « parenting » (parentalité), apparue au début des années 2010, à mesure que les réseaux sociaux prenaient une place croissante dans le quotidien des familles. Ce néologisme a permis de nommer précisément une pratique jusque-là simplement observée, sans vocabulaire dédié pour la décrire.
💡 L’apparition d’un terme spécifique pour désigner cette pratique reflète souvent, dans le langage, le moment où un comportement devient suffisamment massif et reconnaissable pour mériter son propre nom, plutôt qu’une simple variation individuelle de comportement parental.
Pourquoi cette pratique pose de vraies questions
Le sharenting soulève plusieurs enjeux, souvent sous-estimés au moment même du partage :
- La construction d’une identité numérique non choisie. L’enfant se retrouve avec une présence en ligne construite par quelqu’un d’autre, bien avant d’être en âge de comprendre ce que signifie être exposé publiquement.
- L’absence de consentement réel. Contrairement à un adulte qui choisit consciemment ce qu’il partage de sa propre vie, l’enfant n’a généralement aucun mot à dire sur ce qui est publié à son sujet.
- La persistance des contenus dans le temps. Une photo ou une vidéo publiée peut être copiée, partagée à nouveau ou indexée bien au-delà du cercle initial visé, rendant son retrait complet très difficile une fois qu’elle a circulé.
- Le décalage possible avec la volonté future de l’enfant. Ce que l’enfant devenu adolescent ou adulte pense de cette exposition passée peut être très différent de l’intention initiale de ses parents.
Sharenting et vie privée en ligne : un enjeu qui dépasse les enfants
Cette question de contrôle sur sa propre image rejoint directement les réflexes déjà évoqués dans notre article sur le doxxing et pourquoi c’est aussi dangereux que ça en a l’air : dans les deux cas, des informations personnelles diffusées en ligne peuvent échapper totalement au contrôle de la personne concernée, avec des conséquences qui se prolongent bien au-delà du moment initial de la publication.
| Enjeu | Ce qu’il implique |
|---|---|
| Identité numérique précoce | Une présence en ligne construite avant même que l’enfant en ait conscience |
| Consentement | Absent au moment du partage, impossible à recueillir rétroactivement |
| Persistance des contenus | Difficile à effacer une fois largement diffusés |
| Décalage temporel | Ce que l’enfant devenu grand en pense peut différer fortement de l’intention initiale |
Une pratique de plus en plus encadrée légalement
Face à ces enjeux, plusieurs pays commencent à encadrer légalement le sharenting, notamment sur deux aspects précis : le droit à l’image des mineurs, qui impose des limites au partage de contenus les concernant, et les revenus générés par des contenus mettant en scène des enfants, notamment lorsque leur image contribue directement à l’activité commerciale d’un parent créateur de contenu.
Cette évolution réglementaire progressive rappelle celle déjà décrite dans notre article sur le dark pattern et comment les sites te poussent à cliquer sans le vouloir : les pratiques les plus questionnables autour des données personnelles finissent progressivement par être mieux encadrées, à mesure que leurs conséquences réelles deviennent plus visibles pour le grand public.
Ce qu’il faut retenir
Le sharenting construit, sans le consentement réel de l’enfant, une identité numérique susceptible de le suivre bien au-delà de son enfance, ce qui explique pourquoi cette pratique très répandue soulève des questions de plus en plus prises au sérieux. Entre persistance des contenus en ligne et décalage possible avec la volonté future de l’enfant devenu grand, la vigilance sur ce qu’on partage reste un réflexe essentiel, y compris quand il s’agit de la vie de quelqu’un d’autre que soi-même.
Pour aller plus loin sur les enjeux de vie privée en ligne, va voir notre article sur le doxxing et pourquoi c’est aussi dangereux que ça en a l’air, ou notre décryptage du bandeau cookies et ce que ça change vraiment de tout accepter ou tout refuser.
🙋 FAQ : on répond à tout
C'est quoi le sharenting en une phrase ? +
C'est l'habitude de certains parents à publier très régulièrement des photos, vidéos ou anecdotes sur leurs enfants sur les réseaux sociaux, une pratique tellement répandue qu'elle a fini par recevoir son propre nom dédié.
D'où vient le mot sharenting ? +
Le terme est une contraction des mots anglais « share » (partager) et « parenting » (parentalité), apparue au début des années 2010 pour désigner cette pratique de partage massif de contenus liés à la vie des enfants par leurs propres parents.
Pourquoi le sharenting pose-t-il question sur la vie privée des enfants ? +
Parce qu'il construit, sans le consentement réel de l'enfant, une véritable identité numérique en ligne, bien avant qu'il soit en âge de comprendre ce que signifie être exposé publiquement, ni de décider lui-même ce qu'il souhaite partager ou non de sa propre vie.
Les contenus publiés sur un enfant restent-ils en ligne longtemps ? +
Oui, souvent bien plus longtemps que ce que les parents avaient anticipé au moment du partage : une photo ou une vidéo peut être copiée, partagée à nouveau ou indexée bien au-delà du cercle initial visé, rendant son retrait complet très difficile une fois qu'elle a circulé.
Existe-t-il des règles légales encadrant le sharenting ? +
Plusieurs pays commencent à encadrer progressivement cette pratique, notamment sur le droit à l'image des mineurs et sur les revenus générés par des contenus mettant en scène des enfants, une évolution qui reflète une prise de conscience grandissante des enjeux propres à cette pratique.
T'as kiffé ? Fais tourner ! 🔁
Un partage = un max de love pour la rédac.